jeudi 6 décembre 2012

Méfaits de l'égalitarisme

 
L'uniformisation réductrice et nivelante engendrée par le monde moderne est une des conséquences de l'égalitarisme. C'est une conception qui se fonde sur la prédominance de la quantité sur la qualité et débouche sur la négation réductrice de toute hiérarchie. L'injustice est la seule victorieuse puisqu'elle ramène au plus petit dénominateur commun, tout l'ensemble des individus. La négation des différences produit une confusion social, puisque personne ne se trouve plus à la place qui lui convient selon sa nature propre .
Le nivellement, se produisant toujours par le bas, il s'ensuit, par un effet d'entrainement invincible, une massification ou le quantitatif prédomine et devient d'autorité le seul critère. Outre les pernicieuses influences du nivèlement sur l'éducation et la formation de ceux qui devraient au contraire bénéficier d'un procesus d'élévation, cette massification conduit les sociétés occidentales vers un matérialisme brutal, qui est donné et imposé comme unique modéle à l'ensemble de la planète, ce qui a pour résultat, une chute dans un amoindrissement qualitatif mondial, amoindrissement radical. Non contents d'uniformiser les êtres, les théories modernes, issues de l'Egalitarisme, étendent cette uniformisation aux choses, en créant par le biais de l'industrialisation massive de "l'abstraction" en série et a la chaîne, noyant de la sorte toutes les sociétés modernes sous un déluge de biens de consommation. Des biens totalement et absolument inutiles, mais qui alimentent le système et l'amène inexorablement vers la transformation artificielle du monde.

La crise du monde moderne : chap VI (le chaos social) - René Guénon 1886-1951

lundi 19 novembre 2012

Vive le Québec libre !


« C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française. (ovation du public) Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur ! Je vais vous confier un secret que vous ne répèterez pas, (rires) ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. (longue ovation)

Et tout le long de ma route, outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement (ovation) vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, (ovation) parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre ! (ovation) Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter, c'est la nôtre. (ovation)

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d'immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection, elle recommence à ressentir pour les Français du Canada, (ovation) et si vous saviez à quel point, elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson (ovation) des accords, pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française. (ovation)

Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France. (ovation)

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec ! (ovation)
Vive le Québec... libre ! (très longue ovation)
Vive le Canada français ! Et vive la France ! (ovation) »
 
Charles de Gaulle - Hôtel de ville de Montréal le 24 juillet 1967

samedi 10 novembre 2012

Le mot de Cambronne

Edouard Charles ARMAND-DUMARESQ (1826-1895) : "Le Général Cambronne à Waterloo".

"J'étais au premier rang, avantage que je devais à ma grande taille. L'artillerie anglaise nous foudroyait et nous répondions à chaque décharge par une fusillade de moins en moins nourrie. Entre deux décharges le général Anglais nous cria en français "Grenadiers rendez vous ! " Cambronne répliqua " la garde meurt mais ne se rend pas ! " Je l'ai parfaitement entendu, j'étais à deux mètres de lui.

Le général anglais commanda le feu. Nous reformâmes le carré ; "Grenadiers rendez vous ! Vous serez traités comme les plus beaux soldats du monde !" reprit la voix stricte du général Anglais. Cambronne répliqua à nouveau "La garde meurt mais ne se rend pas !" Tous ceux qui étaient proches de Cambronne dont moi, répétâmes cette phrase, reprise bientôt par tout le carré. Nous essuyâmes une nouvelle terrible décharge. Nous reformâmes encore le carré et nous ouvrîmes le feu à notre tour…
Cette fois ce furent tous les soldats anglais qui nous cernant de toutes parts nous implorèrent de nous rendre... "Grenadiers rendez vous ! rendez vous !"

C'est alors que fou d'impatience et de colère, Cambronne lâcha le fameux "Merde !"
Ce fut le dernier mot que j'entendis car je reçus un boulet dans mon colback qui m'étendit sans connaissance sur un tas de cadavres."

Antoine Deleau (Waterloo - 18 juin 1815)
***
Qui a vaincu à Waterloo ?...C'est un mot ! Un mot qui fracture la poitrine, une insulte à la foudre ! Le plus beau mot qu'un français ait répété ! Dire ce mot et mourir ensuite quoi de plus grand ? C'est foudroyer le tonnerre !


Victor Hugo (Les misérables.1862)

NB : Il semble que le fameux "Merde" du général Cambronne soit un euphémisme, car plusieurs témoins ont déclaré : "Cambronne a dit aux Anglais d'aller se faire f.....!" Il y eut même un procès à ce sujet. En tous cas, la bonne version ne sera jamais connue. Seule certitude, Cambronne a dit quelque chose à l'adresse des Anglais, et ça n'était sûrement pas un compliment.

FT : Dans la vie, comme sur le champ de bataille ; ne se rendre jamais !

dimanche 28 octobre 2012

Bossuet - sermons (la multitude)


Mon Sauveur, vous êtes trop incompatible, on ne peut s'accommoder avec vous, la multitude ne sera pas de votre côté. Aussi, mes frères, ne la veut-il pas. C'est la multitude qu'il a noyée par les eaux du déluge ; c'est la multitude qu'il a consumée par les feux du ciel ; c'est la multitude qu'il a abîmée dans les flots de la mer Rouge ; c'est la multitude qu'il a réprouvée, autant de fois qu'il a maudit dans son Evangile le monde et ses vanités. C'est pour engloutir cette malheureuse et damnable multitude dans les cachots éternels, que « l'enfer, dit le prophète Isaïe, s'est dilaté démesurément ; et les forts et les puissants, et les grands du monde s'y précipitent en foule. » O monde ! ô multitude ! ô troupe innombrable ! je crains ta société malheureuse ! Le nombre ne me défendra pas contre mon juge ; la troupe des témoins ne me justifiera pas ; ma conscience m'accuse ; je crains que mon Sauveur ne se change en juge implacable : Sicut lœtatus est Dominus super vos bene vobis faciens atque multiplicans, sic lœtabitur disperdens vos atque subvertens : « Comme le Seigneur s'est plu à vous bénir et à vous multiplier, ainsi se plaira-t-il à vous détruire et à vous ruiner. » Quand Dieu entreprendra d'égaler sa justice à ses miséricordes et de venger ses bontés si indignement méprisées, je ne me sens pas assez fort pour soutenir l'effort redoutable, ni les coups incessamment redoublés d'une main si rude et si pesante. Je me ris des jugements des hommes du monde et de leurs folles pensées.

Bossuet - sermon sur le mystère de la nativité de notre Seigneur

FT : La démocratie d'opinion n'est rien d'autre que l'expression de la multitude et de son conformisme

mercredi 26 septembre 2012

Europe : le torchon brûle

FT : le nihilisme ne marche qu'un temps... :o)

(Je récuse le qualificatif "d'eurosceptique" qui laisse à penser que tout le monde serait pour l'Europe et qu'il n'y aurait en France, en somme - tout au plus -, que des gens habités par le doute : l'union européenne, je suis contre !)
Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
 
 Alfred de MUSSET (1810-1857)

samedi 15 septembre 2012

L’Aigle du casque - V. Hugo

 
 

[...] Tremblant, piquant des deux, du côté qui descend,
Devant lui, n'importe où, dans la profondeur fauve,
Les bras au ciel, l'enfant épouvanté se sauve.
Son cheval l'aime et fait de son mieux. La forêt
L'accepte et l'enveloppe, et l'enfant disparaît.
Tous se sont écartés pour lui livrer passage.
En le risquant ainsi son aïeul fut-il sage ?
Nul ne le sait ; le sort est de mystères plein ;
Mais la panique existe et le triste orphelin
Ne peut plus que s'enfuir devant la destinée.
Ah ! pauvre douce tête au gouffre abandonnée !
Il s'échappe, il s'esquive, il s'enfonce à travers
Les hasards de la fuite obscurément ouverts,
Hagard, à perdre haleine, et sans choisir sa route ;
Une clairière s'offre, il s'arrête, il écoute,
Le voilà seul ; peut-être un dieu l'a-t-il conduit ?
Tout à coup il entend dans les branches du bruit... —

Ainsi dans le sommeil notre âme d'effroi pleine
Parfois s'évade et sent derrière elle l'haleine
De quelque noir cheval de l'ombre et de la nuit ;
On s'aperçoit qu'au fond du rêve on vous poursuit.


[...] Ce fut dans on ne sait quel ravin inconnu
Que Tiphaine atteignit le pauvre enfant farouche ;
L'enfant pris n'eut pas même un râle dans la bouche ;
Il tomba de cheval, et morne, épuisé, las,
Il dressa ses deux mains suppliantes, hélas !
Sa mère morte était dans le fond de la tombe,
Et regardait.

Tiphaine accourt, s'élance, tombe
Sur l'enfant, comme un loup dans les cirques romains,
Et d'un revers de hache il abat ces deux mains
Qui dans l'ombre élevaient vers les cieux la prière ;
Puis, par ses blonds cheveux dans une fondrière
Il le traîne.
Et riant de fureur, haletant,
Il tua l'orphelin et dit : Je suis content !
Ainsi rit dans son antre infâme la tarasque.

*

Alors l'aigle d'airain qu'il avait sur son casque,
Et qui, calme, immobile et sombre, l'observait,
Cria : Cieux étoilés, montagnes que revêt
L'innocente blancheur des neiges vénérables,
Ô fleuves, ô forêts, cèdres, sapins, érables,
Je vous prends à témoin que cet homme est méchant !
Et cela dit, ainsi qu'un piocheur fouille un champ,
Comme avec sa cognée un pâtre brise un chêne,
Il se mit à frapper à coups de bec Tiphaine ;
Il lui creva les yeux ; il lui broya les dents ;
Il lui pétrit le crâne en ses ongles ardents
Sous l'armet d'où le sang sortait comme d'un crible,
Le jeta mort à terre, et s'envola terrible.

Victor Hugo La Légende des siècles

Avertissements et châtiments

dimanche 2 septembre 2012